Docteur ROLLET Daniel | Orthodontiste - 1 rue du Moulin Vieux PONTARLIER 25300 - 03.81.46.57.44
L’orthopédie fonctionnelle et les éducateurs fonctionnels souples :
Évolutions ou révolutions ?

 

Joël Gipch

Dès le XIXe siècle, la recherche des causes des anomalies en orthopédie dento-faciale et de leurs traitements a fait l’objet de nombreuses controverses, dont certaines semblent toujours  d’actualité. De la forme ou de la fonction, et de leur influence réciproque sur la croissance du  complexe dento-maxillo-facial, tout et son contraire ont pu être exprimés. D’une manière très clairvoyante, que ce soit les facteurs héréditaires, la croissance, les conditions sociales et diététiques, les pressions anormales de la langue ou les problèmes rhinologiques, toutes les étiologies avaient déjà été évoquées.

Pourtant, l’hérédité a longtemps, ensuite, été envisagée comme la cause principale des dysmorphoses.

Une brève histoire de l’orthopédie dento-faciale

De nos jours, le rôle morphogénétique des tissus mous et l’existence d’un couloir d’équilibre dentaire entre les pressions antagonistes de la langue et des muscles faciaux ne prêtent plus à discussion.

De même, l’influence de l’altération des fonctions (respiration buccale, déglutition atypique, mastication dégradée…) et des parafonctions (succions digitales, onychophagie…) est acceptée comme la cause principale, bien avant les causes génétiques, des dysharmonies inter-arcades, particulièrement celles de classe II.

Cependant, depuis plus d’un siècle, tel un balancier historique et géographique, les traitements ont plus ou moins pris en compte cette étiologie fonctionnelle.

Dès le début du XXe siècle, l’Europe a été leader dans certaines « thérapeutiques fonctionnelles ».
De Robin à Herbst, d’Andresen à Frankel, des appareillages rigides et sur mesure ont été conçus dans le but de réorienter la croissance maxillaire et d’influencer l’activité musculaire. Pendant la même période, aux Etats-Unis, Edouard Angle, qui avait déjà évoqué les causes respiratoires et linguales de certaines malocclusions, conçut un appareil fonctionnel servant à propulser la mandibule dans les anomalies de classes II (fi g. 1).

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Les contributions de ces praticiens furent essentielles. Ils démontrèrent que le facteur fonctionnel avait un effet majeur sur la croissance et les perturbations du complexe maxillo-dento-facial. Cependant, si leurs appareils arrivaient à corriger certains effets, en aucun cas ils ne corrigeaient les causes, c’est-à-dire les dysfonctions et les parafonctions. Pour cela, il fallut attendre les années 30 et le développement des thérapeutiques d’éducation comportemento-fonctionnelle et de la myothérapie. En agissant sur le système nerveux central et sur les muscles, on a su ainsi corriger les fonctions.

Grâce à une fertilisation croisée entre les Etats-Unis et l’Europe, l’association de thérapeutiques mécaniques, d’éducation des fonctions et de myothérapie allait se développer et connaître un succès certain en orthopédie dento-faciale… jusqu’à être pratiquement abandonnée par la majorité des orthodontistes, car grande consommatrice de temps.

D’autant que parallèlement à ces avancées des thérapeutiques fonctionnelles, les traitements d’Edouard Angle, eux, évoluèrent vers des concepts uniquement mécaniques. Son infl uence fut telle que la plupart des praticiens étaient fermement attachés à sa philosophie consistant à élargir les arcades, avec des appareillages fi xes complexes, pour pouvoir aligner les dents.

Devant les nombreuses récidives et les contentions permanentes qu’engendraient ces traitements, Tweed, un élève d’Angle, démontra que l’extraction de certaines dents était le seul moyen d’obtenir la stabilité des cas. Dans les années 50, la majorité des orthodontistes américains optaient pour les extractions et les traitements tardifs.

Se fondant sur des concepts génétiques comme seuls responsables des dysmorphoses, cette pratique, associée à l’utilisation d’arcs droits et de brackets, développée par l’Australien Percy Raymond Begg, est devenue le « gold standard » en orthodontie. Dès les années 60, ce type de thérapeutique s’imposa également en Europe. Excepté le traitement occasionnel de la « pulsion linguale », et malgré un grand nombre de récidives, on constate de nos jours une absence quasi totale de prise en charge des étiologies comportemento-fonctionnelles par les orthodontistes.

Traiter le symptôme sans traiter la cause est une perte de chance pour de nombreux enfants, car laisser passer la précieuse et courte période de croissance sans correction conduit à des situations où les dégâts sont malheureusement irréversibles.

L’objectif de cet article est d’informer la profession sur les avancées des thérapeutiques fonctionnelles en orthodontie et sur l’aide que peuvent apporter les éducateurs fonctionnels souples dans la correction des dysfonctions.


Les étiologies fonctionnelles des malocclusions en orthodontie dento-faciale

L’importance des fonctions orofaciales (ventilation, mastication, phonation, postures faciales) dans le développement cranio-facial n’est plus à démontrer. Ces fonctions, quand elles sont altérées, vont provoquer des blocages (verrous fonctionnels) et altérer le système cranio-dento-facial en infl uençant négativement le patron génétique.

Toutes ces dysfonctions sont totalement interactives. La position des dents n’est qu’une conséquence de la façon dont les différents composants de ce système travaillent ensemble.
Un grand nombre de malocclusions présente des fonctions perturbées associées. Une étude conduite par Graber sur 2000 enfants d’âge préscolaire démontre que 79 % des enfants avec une malocclusion de classe II présentaient aussi une dysfonction orale. Dans les classes III, le pourcentage était de 64 %. Mais “tête et cou” ne sont pas les seuls à subir l’influence de ces malfonctions. C’est toute la croissance et l’état de santé général de l’enfant et du futur adulte qui peuvent s’en trouver perturbés.

Les troubles de la ventilation nasale optimale

Seule la ventilation nasale est physiologique. Outre sa fonction vitale d’échanges gazeux, elle a une fonction thermorégulatrice. La ventilation nasale réchauffe l’air inspiré et refroidit sélectivement le cerveau qui est très vulnérable à l’hyperthermie. Le nourrisson a une ventilation uniquement naso-nasale. Il ne sait pas respirer par la bouche et suffoque en cas de rhinite.

La position de la langue est en rapport avec cette fonction : pour permettre la ventilation uniquement nasale, elle doit adopter sa posture physiologique de repos, sa pointe contre les papilles palatines. En effet, la ventilation nasale est gênée par une langue positionnée entre les arcades, car sa partie moyenne ferme le carrefour aérien supérieur.

La ventilation qui se réalise exclusivement ou partiellement par la bouche doit être considérée comme pathologique. C’est un type de ventilation acquise, compensatrice d’une obstruction nasale existante ou ayant existé. Souvent, l’habitude reste acquise, même si l’obstruction a été traitée.
Elle relève d’étiologies très variées : anatomiques, infectieuses ou allergiques. Elle relève également de simples habitudes acquises dans la petite enfance, telles qu’une alimentation prolongée au biberon, l’utilisation d’une “tétine” ou la succion du pouce.

Même si ces habitudes ont cessé ou si les pathologies ont été traitées, la ventilation buccale peut perdurer, alors qu’une ventilation nasale est tout à fait possible. Un défaut d’éducation du mouchage peut avoir les mêmes conséquences négatives pour l’enfant.

Les incidences d’une ventilation buccale sur la croissance crânio-faciale découlent d’adaptations évidentes. Pour pouvoir respirer par la bouche, l’enfant doit avoir les lèvres entrouvertes et placer sa langue en position basse.

Il doit également s’adapter posturalement en positionnant sa tête en hyperextension afi n de dégager ses voies aériennes (fi g. 2).

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2. Adaptations posturales et incompétence labiale liées à une ventilation buccale. Remarquer
les cernes de fatigue.

Les perturbations de cette fonction vitale vont provoquer de nombreux phénomènes en cascade.

Sur la croissance du système crânio-facial
La position abaissée de la langue, le manque de pression sinusale, la béance des lèvres et l’adaptation posturale vont perturber le développement de la face de l’enfant et engendrer diverses anomalies sagittales, plus particulièrement transversales des maxillaires (74 % des classes II sont des respirateurs buccaux).
Les surfaces cutanées vont suivre les adaptations osseuses et musculaires. L’enfant (et le futur adulte) n’aura pas le visage qu’il aurait dû avoir sans ces altérations fonctionnelles.

Sur le sommeil, sur la posture et sur le bien-être de l’enfant
La symptomatologie nocturne des syndromes obstructifs de l’enfant est bien connue : ronfl ements, sommeil agité avec réveils fréquents, sueurs abondantes, énurésies tardives, hyperextension dorsale, lèvres sèches, yeux cernés (fi g. 2).
La symptomatologie diurne consiste en des céphalées, de la somnolence, de l’inappétence et une inattention en classe. En décubitus dorsal, la langue peut, par aspiration, venir au contact de la paroi postérieure du conduit pharyngé et être à l’origine d’apnées obstructives du sommeil.

Sur le futur adulte
L’obstruction nasale négligée chez l’enfant pourrait être une cause d’apnées du sommeil. Elle est, sans conteste, une cause favorisant les dysfonctionnements de l’appareil manducateur (DAM) et les parodontopathies.
Les adaptations posturales vont également modifier l’oropharynx qui devient plus haut et plus étroit. Chez l’adulte, elles seront responsables de déformations plus progressives, mais tout autant préjudiciables sur le plan fonctionnel. Une compensation pathologique s’effectue au niveau des courbures du cou et du tronc pour maintenir en permanence l’équilibre.
Le type de ventilation exerce ainsi une influence déterminante sur la posture mandibulaire et linguale. Les travaux de Talmant montrent sans ambiguïté que la langue doit être considérée comme une structure respiratoire.
Le rétablissement d’une ventilation nasale est la priorité. Après avoir vérifi é, ou fait vérifi er auprès d’un spécialiste, la bonne perméabilité des voies aériennes, le premier acte thérapeutique est de rééduquer une fonction qui existait chez le nourrisson.

Les troubles de la posture linguale et de la déglutition

La langue a une position naturelle haute, plaquée derrière les incisives (fi g. 3).

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3. Position haute de la langue. Bon développement transversal des maxillaires. Les dents se placent naturellement dans le couloird’équilibre musculaire.

Sa pointe est approximativement en contact avec les papilles rétro-incisives. Dès deux ans, la langue doit avoir pris cette position automatiquement et défi nitivement au repos, au cours de la déglutition et à la prononciation des palatales D, N et T. Tout comme la voûte crânienne est façonnée par l’encéphale ou l’orbite par le globe oculaire pendant la croissance, la suture médio-palatine est stimulée par la langue.

En cas de ventilation buccale, la posture basse de la langue ne permet plus de stimuler les sutures maxillaires ni de contrebalancer les pressions fonctionnelles centripètes exercées par les joues, ce qui provoque l’étroitesse et la profondeur du palais (fi g. 4).

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4. Position basse de la langue. Insuffisance de développement transversal du maxillaire supérieur provoquant un encombrement dentaire. (Dr A. Pâti)

Pendant la déglutition normale, et ce dès l’âge de deux ans, les dents sont en contact léger, avec une pression linguale s’exerçant sur le palais, permettant ainsi le développement optimal de la voûte palatine. La déglutition s’effectue de 1500 à 2000 fois par 24 heures. La suture palatine est donc stimulée sélectivement par les appuis linguaux. Les lèvres doivent se joindre sans effort ni crispation.

La déglutition atypique est une déglutition de type succion. Elle est anormale après l’âge de deux ans. Elle est caractérisée par un contact entre la langue et les lèvres. Lorsque le sujet déglutit, les lèvres sont entrouvertes, la capture des aliments n’est plus labiale, mais incisive. La langue s’interpose entre les arcades (antérieurement ou latéralement). La stimulation palatine devient inexistante dans le sens transversal (fi g. 5).

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5. Déglutition atypique avec mulsion linguale antérieure.

Les répercussions dans le sens antéropostérieur peuvent être diverses selon l’orientation de l’interposition linguale : béance antérieure ou latérale, protrusion des incisives supérieures, linguo-version des incisives inférieures…

La persistance d’une déglutition infantile, ainsi qu’une mauvaise posture de la langue au repos, va entraîner des troubles de la croissance faciale par :

– l’absence de stimulation de l’expansion transversale de la voûte palatine lors de chaque déglutition ;

– des pressions musculaires centripètes inadéquates (pressions buccinatrices, contraction de la musculature mentonnière et de la musculature labiale inférieure…) qui ne seront pas équilibrées par une pression centrifuge suffisante de la langue ;

– une orientation des contraintes musculaires sur la mandibule à résultante vers le haut et vers l’arrière, ce qui provoque une compression méniscale de l’ATM et un blocage de croissance sagittale de la mandibule (fi g. 6).

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6. Type courant de déglutition atypique : la langue pousse les incisives supérieures et frotte les incisives inférieures. Le ménisque est comprimé. (D’après le Dr D. Rollet)

La langue étant l’unique force centrifuge face aux forces musculaires péri-orales, on comprend aisément l’importance vitale de son bon positionnement tant au repos qu’au cours des différentes fonctions auxquelles elle participe.

Les troubles de la musculature péri-orale

Selon le type facial, la musculature sera plus ou moins puissante et exercera ainsi une action variable sur les dents. Un dysfonctionnement de cette musculature péri-orale peut être la cause de verrouillage des maxillaires. Un sillon labiomentonnier marqué par une action importante du complexe orbiculobuccinateur aura une incidence variée sur la position des incisives mandibulaires et sur la croissance mandibulaire sagittale (fi g. 7).

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7. Exemple de rotation du groupe incisive, otage de la langue et de l’orbiculaire.

Les troubles de la mastication

Les performances masticatrices ne s’exercent qu’en présence d’aliments durs et résistants. La diminution des sollicitations masticatrices va entraîner une absence de stimulation du potentiel de croissance morphologique. C’est tout l’équilibrage du puzzle cranio-mandibulaire qui ne s’effectue pas en l’absence d’une mastication puissante. À l’inverse, sans engrènement dentaire symétrique et équilibré, l’effi cacité de la mastication est réduite.

À cette longue liste de troubles fonctionnels s’ajoutent les troubles du comportement comme les parafonctions et les habitudes nocives (succions digitales, onychophagie, morsures des lèvres ou des joues, tics, “sucettes”, etc.).

Dans un cadre plus général de santé globale, il faut inclure également les troubles des postures, des mouvements de tous les muscles céphaliques et les troubles sensoriels (vision, audition, élocution). Tout est en relation.

Éducation fonctionnelle et comportementale en orthopédie dento-faciale

C’est une forme d’interception des malocclusions, qui permet de corriger les dysfonctions et de neutraliser les parafonctions de la sphère oro-faciale, pour donner la possibilité à la croissance de s’exprimer sans contrainte.

Elle améliore la ventilation, la déglutition, la mastication et la posture, procurant un bien-être au patient, ainsi qu’un pré-alignement dentaire garant d’une meilleure image de lui-même. (D. Rollet)

La thérapeutique par réhabilitation agit sur le système nerveux central. Elle peut être active, en faisant intervenir le psychisme de l’individu. Elle peut être passive, grâce à des appareillages.

Ainsi, en modifiant la fonction par le comportement, on modifie également la forme. C’est une approche globale. Par des réactions en chaîne, l’ensemble de l’individu peut retrouver ses pleines potentialités de croissance.

Après avoir dépisté et diagnostiqué précisément la ou les anomalies, il va s’agir, entre autres, de :
– rééduquer la fonction respiratoire ;
– éduquer la fonction linguale ;
– rééduquer la posture labiale des respirateurs buccaux ;
– inhiber certains muscles comme la musculature mentonnière ;
– convaincre un enfant d’arrêter de sucer son pouce ou d’utiliser une sucette.

De la thérapie oro-faciale myofonctionnelle qui rééduque les fonctions par des exercices aux appareils sur mesure corrigeant sélectivement une ou deux fonctions (par exemple, enveloppe linguale nocturne associée à des écrans labiaux), il existe actuellement des thérapeutiques disparates en éducation fonctionnelle. Que ce soit leur prix, la diffi culté d’exécution, l’hygiène, les insuffisances, elles ont toutes quelques avantages et de nombreux inconvénients (fi g. 8).

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8. Appareil fixe de Frankel, mettant à distance la musculature péri-orale.

Pour pallier ces derniers, de nouveaux appareils ont été développés. Ce sont les gouttières d’éducation comportemento-fonctionnelles souples.

Les éducateurs comportemento-fonctionnels souples

D’origine australienne, finlandaise et française, ils sont à notre disposition depuis une quinzaine d’années. Ces appareils adaptables, de type gouttière souple, en silicone ou polyuréthane, incorporent différents dispositifs (fi g. 9).

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9. T4K, gamme Trainers® (Orthoplus) et EF Trainer Evolution, gamme EF® (Orthoplus)
1 Le double bandeau vestibulaire force l’enfant à respirer par le nez et empêche les interferences
labiales et linguales.
2 L’écran labial et ses picots placés sur le bandeau vestibulaire inférieur diminuent l’hypertonicité
de la lèvre inférieure. Les lèvres doivent être jointes pendant le port diurne.
3 Les plans de surocclusion molaire à structure en aile d’avion libèrent la mandibule et décompressent les condyle.
4 La rampe à langue du système EF® guide la langue vers le haut.
5 6 Enveloppe linguale et languette de positionnement du système Trainer®.
7 Les indentations (gamme EF®) permettent un recentrage des milieux et une stimulation occlusale.
8 Les gouttières supérieures et inférieures ont la forme d’un arc parabolique et s’adaptent au arcades larges ou étroites. Elles exercent des forces légères d’alignement sur les dents antérieures et positionnent les dent en Classe

Dès l’âge de trois ans jusqu’à l’âge adulte, il existe des éducateurs souples pour tous les cas et tous les âges. On peut les regrouper en deux catégories :
– les gouttières simples telles que présentées ci-dessous ;
– les gouttières avec guide d’éruption des dents permanentes qui comportent également des logettes guides.

Ce traitement est pris en charge, sous réserve d’acceptation, par la Sécurité sociale. Il répond aux recommandations de bonne pratique de la HAS. Un diagnostic et des photos sont indispensables, les modèles en plâtre ne sont pas nécessaires à ce stade. Les gouttières nécessitent peu d’adaptation et de maintenance.

Un omnipraticien ayant acquis les compétences peut proposer cette thérapeutique. Le traitement consiste à faire porter les gouttières pendant 1 à 2 heures par jour et toute la nuit. Des exercices de respiration, de posture et de déglutition sont associés selon un timing défi ni.

Les résultats

De nombreuses études internationales démontrent l’efficacité de ce type de gouttière. Elles sont utilisées dans le monde entier.

On obtient en moyenne 80 % d’amélioration des dysmorphoses. Sur ces 80 % d’amélioration, 30 % vont pouvoir aboutir sans traitements multibagues. Les 70 % restants vont nécessiter un traitement fi xe d’alignement qui sera, le plus souvent, court et peu récidivant.

Pour cette seconde catégorie, il y aura donc deux phases de traitement, la première avec éducation fonctionnelle en denture lactéale ou mixte, la seconde avec traitement multi-attaches en denture permanente.

Pendant la phase intermédiaire, l’enfant est régulièrement surveillé. Ces traitements précoces fonctionnent si l’enfant est assez mature et si les parents sont coopérants (fi g. 10, 11 et 12).

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10. Ventilation orale et langue basse. Après éducation fonctionnelle et sans autre traitement, la langue occupe le palais en fin de croissance. (Document du Dr Rollet)
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11. Résultats dentaires d’un traitement entrepris uniquement avec des gouttières souples.

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12. Traitement en 2 étapes.

Quand commencer ?

Le débat sur l’utilité des traitements précoces en orthodontie semble toujours d’actualité. Le dilemme “intervenir ou ne pas intervenir” avant l’éruption complète des dents permanentes est pourtant devenu totalement obsolète face à l’évidence de la dimension médicale de l’orthodontie moderne.

Faut-il attendre pour améliorer le sommeil des enfants respirateurs buccaux, ou pour avoir une action préventive sur les apnées du sommeil ?

Pourtant, dans une méta-analyse Cochrane datant de 2007, les auteurs concluent : « Les preuves suggèrent que mettre en place un traitement orthodontique précoce pour les enfants ayant les dents antérieures du maxillaire en proalvéolie n’est pas plus efficace qu’effectuer un traitement orthodontique en une phase lorsque l’enfant est au début de l’adolescence. »

D’autres études préconisent d’attendre le pic de croissance pubertaire pour obtenir un maximum de croissance mandibulaire, car le taux d’hormones et de facteurs de croissance sera à son maximum pour potentialiser l’efficacité des appareillages orthodontiques.

Ces auteurs oublient qu’un traitement orthodontique n’aboutit pas seulement en bougeant les dents, mais en traitant toutes les causes des malocclusions qui, comme nous l’avons vu, sont multifactorielles. Si les principales étiologies ne sont pas corrigées en amont, elles vont devenir la cause majeure des récidives.

Ils oublient les incidences des dysfonctionnements respiratoires non traités sur l’état général et sur le bien-être de l’enfant. Ils oublient également que le taux d’hormones de croissance de l’être humain est à son plus haut niveau jusqu’à 6 ou 7 ans. Ils oublient enfi n que le système cranio-dento-facial est prêt à répondre à tout âge s’il est correctement stimulé. Plus tôt le traitement sera débuté, plus rapidement seront levés les obstacles à un développement harmonieux, non seulement des arcades et du visage, mais de tout l’organisme.

Dès l’âge de 3 ans, des problèmes dysfonctionnels non résolus, même légers, s’ancrent et s’aggravent. Ils vont perturber la croissance et provoquer des dysmorphoses irrattrapables en denture permanente.

De surcroît, comment ne pas tenir compte le plus tôt possible des risques de fracture des incisives proéminentes ou du complexe esthétique des enfants aux “dents de lapin” ? (fi g. 13)

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13. Fracture d’une incisive en pro-alvéolie.

Les traitements précoces vont également permettre d’éviter ou de réduire les traitements multi-bagues et de diminuer leurs effets iatrogènes (résorptions radiculaires, standardisation, etc.) ainsi que leurs récidives.

Il n’y a donc pas d’âge pour débuter ce type de traitement qui ne peut pas nuire. Soignons dès que nous diagnostiquons, le plus tôt sera le mieux (schéma ci-dessous).

SCHEMA

Conclusion

Le chirurgien-dentiste omnipraticien a un rôle essentiel dans la détection et le traitement précoces des problèmes dysfonctionnels. Dans une recommandation de 2006 sur le « Bilan de dysmorphose dento-maxillofaciale », la HAS conclut : « Eu égard à la gravité de la pathologie et sa prévalence dans la population jeune, il serait donc important de diagnostiquer précocement les dysmorphoses pour qu’elles ne s’aggravent pas avec la croissance en l’absence de traitement, et pour éviter une dégradation de la qualité de vie chez le jeune adulte. »

L’orthodontie a fait de remarquables progrès dans le diagnostic des étiologies fonctionnelles des dysmorphoses dento-maxillaires. Les gouttières souples d’éducation fonctionnelle sont des outils très aboutis pour nous aider à les traiter.

Alors que l’orthodontie mécanique déplace les dents pour les aligner, l’orthodontie fonctionnelle actuelle accompagne la croissance dans le but de permettre aux dents de prendre naturellement un alignement harmonieux. Leurs impacts sur la posture, sur le tonus, sur le psychisme et sur le bien-être des individus sont évidemment fort différents.

Pour ces raisons, le praticien se doit de muter et passer d’une approche technicienne à une approche médicale. C’est une démarche globale qui va participer à la bonne croissance de nos enfants.

Le respect des recommandations de la HAS et la notion de “perte de chance”, si un enfant n’est pas traité précocement, ne devraient pas être considérés comme les seuls ressorts de changement dans les habitudes de traitement des praticiens qui exercent l’orthodontie.

C’est un système où tous les acteurs sont gagnants. A l’aide de l’orthodontie fonctionnelle, l’enfant deviendra un adulte plus équilibré et en meilleure santé. Par le biais d’une remise en cause majeure de ses pratiques et de son organisation, le praticien pourra prendre en charge beaucoup plus de patients tout en déléguant facilement. Enfin, grâce au raccourcissement des traitements, à leur stabilité et à leur incidence bénéfi que sur l’état général, l’orthodontie fonctionnelle pourrait avoir une influence très positive sur le système de santé.

Une étude finlandaise de 2003 montre que sur une population d’enfants de 4 à 7 ans, il existe une prévalence de malocclusion variant, selon les paramètres d’acceptabilité, de 67,7 % à 92,7 %.

Les besoins sont immenses.


Bibliographie

3. HAS. Dépistage orthodontique en denture temporaire et/ou en denture mixte, 2004.

9. Lacout J, Deroze D. La prévention en orthopédie dento-faciale. Ortho autrement 2009;1:6-13.

14. Deniaud J, Talmant J. Les troubles de la ventilation nasale optimale. Info Dentaire 2009: 25 : 1367-1370.

19. Cohen-Levy J. Traitements orthodontiques dans le syndrome d’apnées obstructives du sommeil pédiatrique. Médecine su Sommeil 2011 ; 8 : 61-68.

21. Rollet D. De l’éducation fonctionnelle à l’occlusion fonctionnelle. In : Lejoyeux E et Flageul F. Propositions orthodontiques/Classe II/ Situations critiques. Paris : Quintessence, 2011 : 12-28.

23. Fournier M. Le rôle du rééducateur. Info Dentaire 2009: 25 : 1402-1404.

28. Béry A. En l’absence d’un traitement orthodontique précoce, y a-t-il perte de chance ? Orthod Fr 2006 ; 77 : 327-333.

31. Ramirez-Yanez G, Sidlauskas A, Junior E et Fluter J. Dimensional changes in dental arches after treatment with prefabricated functional appliance. J. Clin Pediatr Dent 2007 ; 31 (4) : 279-283.

Bibliographie intégrale de cet article sur : www.information-dentaire.fr

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