Docteur ROLLET Daniel | Orthodontiste - 1 rue du Moulin Vieux PONTARLIER 25300 - 03.81.46.57.44
ENTRETIEN AVEC LE DOCTEUR DANIEL ROLLET, SPECIALISTE QUALIFIE EN ORTHODONTIE DENTO FACIALE

Les éducateurs fonctionnels et comportementaux sont-ils réellement efficaces?

Oui, ils sont très efficaces! Les résultats de mon cabinet comme ceux de centaines de cabinets de par le monde montrent que ça marche.  Dans 80 % des cas, on obtient une régression de la malformation c’est-à-dire une correction de l’overjet ou de la supraclusion et de la forme des arcades. Les 20 % restant sont des patients qui ne portent pas leur dispositif souple! En effet, tout appareil souple d’éducation fonctionnelle porté est un appareil qui fonctionne! D’où un questionnement sur l’efficacité de notre communication.
Dans 30 % de ces 80%  on ne met pas de bague. Pour le reste (50 % restant) on va mettre des dispositifs fixes pour redresser les axes et pour parfaire l’occlusion, et ce sur une période beaucoup plus courte. Aux final le patient est gagnant car il a moins de contraintes et un meilleur bien être (mastication, déglutition, ventilation, image de soi…), le système social et gagnant car on utilise moins de semestre et le cabinet travaille de manière plus confortable avec moins de mécanique mais plus de communication Ce qui impose une évolution de l’organisation avec cet avantage: moins de fixe mais plus de possibilités de délégations.
L’orthodontie a évolué, ces 20 dernières années, vers une vision très mécanique des choses et on s’est moins soucié de l’étiologie des malformations. Les traitements mécaniques ont progressé énormément (minivis, brackets auto ligaturant…), il n’y a plus tellement à attendre de révolution en fixe.
Par contre, devant les problèmes de stabilité et de récidives auxquelles nous sommes confrontés, on est amené à revenir aux bases de l’étiologie et notamment à la dimension  fonctionnelle de ces déformations. Plus on agit tôt plus on agit sur les fonctions et la face va changer, plus on attend, plus on aura besoin de mécanique pour rattraper les malformations.
Moi si j’ai la chance de voir les enfants jeunes je sais que les résultats seront spectaculaires et je vais pouvoir dans 30 % des cas éviter les dispositifs fixes. A contrario plus je les voie tardivement plus je serai obligé d’utiliser des dispositifs mécaniques associés…avec leurs contraintes et limites.

L’orthodontie dento faciale est-elle en train de prendre un nouveau tournant?

On est dans une phase de mouvements en orthopédie dento faciale. On va vers une médicalisation de plus en plus grande.
On peut penser qu’un O. R.L, un kiné, un orthophoniste vont résoudre ce type de dysfonctions et leur adresser tout ce qui touche aux problèmes de respiration, de déglutition et de posture. Or quand les patients reviennent, souvent aucun obstacle d’origine fonctionnel ou comportemental n’a été levé. Prenons l’exemple de l’O.R.L, qui va pratiquer une amygdalectomie ou traiter en allergologie, ce faisant,  il n’apprend pas à l’enfant à utiliser correctement son nez. L’orthophoniste est lui expert dans la position de la langue au moment de la phonation mais il n’agit que très peu sur la position de la langue au repos et lors de la déglutition. C’est pourquoi nous sommes les mieux placés pour éduquer le comportement des enfants au niveau des habitudes (pouce, interposition labiale, déglutition atypique, etc.) et des fonctions aussi importante que la respiration et la mastication.
L’alignement dentaire n’est qu’un résultat cosmétique non suffisant pour obtenir une occlusion fonctionnelle. Si c’était le cas la stabilité des traitements seraient de 100 % et les contentions seraient inutiles. Elles  deviennent d’ailleurs inutiles quand le patient a été traité au préalable en éducation fonctionnelle.
Les dents sont dans une position qui résulte de l’équilibre entre les forces centrifuges et centripètes de l’étage inférieur de la face, donc d’un équilibre musculaire.  Cet équilibre évolue toute la vie avec le vieillissement et l’occlusion. L’orthodontie dento faciale devient alors la discipline qui a pour but de mettre les dents dans une situation où le vieillissement va se passer le mieux possible.

Au niveau orthopédiques certaines études démontrent qu’il faut attendre le pic pubertaire c’est-à-dire 12 -13 ans pour faire de l’orthopédie? Qu’en pensez-vous?

Des études randomisées comme celles du Dr Bacetti de Florence ont montré que le meilleur moment pour l’orthopédie était effectivement le pic pubertaire si on veut augmenter la longueur de la mandibule. Ce que fait l’éducation fonctionnelle n’est pas seulement d’augmenter la longueur de la mandibule, c’est avant tout d’éviter que la déformation ne s’aggrave. Par exemple qu’un décalage de 5 mm à 7 ans ne devienne 9 à 10 mm à 12 ans, avec les risques que cela implique fractures etc. L’éducation fonctionnelle dès six ans va corriger la déglutition atypique et l’interposition labiale, diminuant ainsi le décalage, ce qui fait qu’à 11-12 ans l’overjet ne sera plus que de 3 à 4 mm et facile à corriger au moment du pic pubertaire. Le cas ne s’aggravera  pas,  il aura une meilleure mastication, une meilleure ventilation et une posture linguale qui permettra le développement harmonieux des maxillaires dans le sens transversal.
De toute façon peut-il être contestable d’améliorer ces fonctions vitales dès l’âge de 6 ans? C’est plus écologique car cela permet à la nature de pouvoir de nouveau s’exprimer sans contrainte.

À propos des questions administratives on reproche à l’éducation fonctionnelle d’être consommatrice de semestre. Qu’en pensez-vous ?

Depuis 15 ans que je fais des conférences à ce sujet. J’ai toujours affirmé avec la plus grande fermeté que nous n’utilisons qu’un seul semestre en éducation fonctionnelle qui sera suivi de plusieurs semestres de surveillance. Ce qui laisse largement la place à un éventuel traitement fixe si besoin est. Traitement qui sera d’autant plus simple et raccourci qu’il aura été précédé d’une première phase orthopédique. Au cas où nous n’aurions pas besoin de traitements fixes, j’utilise alors un deuxième semestre d’éducation fonctionnelle en fin de denture mixte pour m’assurer de la bonne mise en place des secteurs latéraux et des deuxièmes molaires. L’orthodontiste devient alors, dans cette phase de suspension, comme un pédiatre qui va surveiller l’évolution et le développement de l’enfant. Ces semestres de suspension sont soumis à entente préalable (TO10 par semestre) sur lesquels on peut demander un dépassement plus ou moins important selon que l’on change ou que l’on remplace le dispositif d’éducation fonctionnelle.

Cette approche médicale de l’orthodontie dento-faciale a-t-elle tendance à se développer?

Si vous en parlez avec de nombreux confrères ou consœurs tous sont sensibles à cette approche. Il est cependant nécessaire de mettre des moyens en œuvre pour changer ses habitudes et son organisation. En effet l’éducation fonctionnelle nécessite de voir les enfants dès 6 ans avec des plages de rendez-vous différentes du multi attaches, avec également des protocoles (imagerie, exercices, diagnostics, documents informatifs) qui sont plus contraignant et consommateurs de temps. Cependant l’avantage, c’est qu’on peut plus facilement déléguer et investir l’ensemble de l’équipe dans ce concept.
La communication chez un enfant de six ans est différente de celle d’un enfant de 12 ans et l’éducation comportementale doit se pratiquer avec un langage adapté pour l’enfant mais également pour les parents. L’enfant doit devenir acteur de son éducation et ne pas à subir un traitement. Il est possible d’adapter l’éducation fonctionnelle et comportementale aux différents cabinets, que ce soit des grosses ou de petites structures. L’indispensable étant des photos systématiques tous les six mois et un management de la communication selon l’âge du patient.

On conseille souvent parents inquiets de la position des dents de leur enfant, de revenir quand les dents définitives seront présentes. Qu’en pensez-vous?

Je pense que l’on doit traiter et améliorer les problèmes fonctionnels dés le plus jeune âge. Attendre serait entrainer une véritable perte de chance pour ces enfants.
Un enfant qui a des problèmes d’apnée du sommeil ou même seulement d’hypopnée est un enfant qui souffre. Il dort mal, il est fatigué au réveil, il n’arrive plus à soutenir son attention à l’école. Idem pour les enfants en proalvéolie qui se font moquer à l’école et qui ont le risque handicapant à vie de fractures de leurs incisives. Idem pour un articulé croisé latéral avec les risques pour l’ATM.
J’ai des amis omni praticiens qui me disent qu’ils n’ont pas de solution thérapeutique pour ces enfants car ils ne connaissent personne à qui les adresser. Je leur réponds «faites le vous-même!». Quel est le risque? Il n’y en a aucun. Ces praticiens n’utiliseront qu’un seul semestre, et ensuite, s’il y a besoin de traitements fixes, ils adresseront à leur orthodontiste.  L’omnipraticien ne peut qu’améliorer les choses avec une gouttière souple, il ne peut absolument pas nuire.

L’omnipraticien saura-t-il faire le diagnostic préalable et faire accepter ce traitement par les dentistes conseils ?

Il est évident que tout praticien qui veut faire de l’éducation fonctionnelle et comportementale doit avoir un minimum de connaissances pour établir un diagnostic notamment au niveau fonctionnel. Cela implique un diagnostic au niveau des voies aériennes, des habitude et parafonctions, de la position de la langue au repos et en fonctionnement et de la musculature de la zone periorale. Les indications des différents appareils sont simples. Les exercices indispensables sont très faciles à mettre en œuvre.  D’autre part en éducation fonctionnelle et comportementale il n’y a pas besoin de modèles d’études, par contre radios et photos sont indispensables. La téléradiographie de profil ne servant, à ce stade, qu’à vérifier la perméabilité des voies respiratoires et la position de la langue au repos. Ce diagnostic clinique préalable est fondamental pour pouvoir comparer les résultats ultérieurs.

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